Mon travail est traversé par des préoccupations, liées aussi bien à la naissance d’un territoire mental, qu’au parcours physique de l’espace. La vidéo Jusque-là (2005), par exemple, reconstitue le chemin d’une femme à travers la ville, à partir de la trace involontaire qu’elle a laissée sur le sol en traînant une plaque de placoplâtre. Mes œuvres s’appuient souvent sur des objets standard et communs qui m’intéressent avant tout pour les situations qui les impliquent et la manière dont celles-ci questionnent le corps. J’expérimente et j’interroge dans le même temps les habitudes, les règles et les limites tacites qui induisent nos comportements et génèrent des formes, des signes ou des codes. La pièce L'intérieur est à l'extérieur, (2010) soustrait à la peinture sa surface à peindre, la privant ainsi de tout contenu imaginaire ou symbolique pour mieux les mettre en exergue. Il ne reste que la vacuité du pot, avec le geste orphelin et répétitif qui a été nécessaire pour constituer la croûte autour de celui-ci. Dans Sans papier (2013), une main est photographiée à deux reprises. Sur la première prise de vue, seule la face interne de la main est visible et entièrement recouverte de stylo-bille noir. Sur la seconde, la main change de position et montre aussi son autre face, restée blanche. Nous avons ainsi une courte séquence en deux temps dans laquelle la main devient un support au lieu et place d’une surface plus conventionnelle où l’on aurait pu écrire ou dessiner. Quelque chose fonctionne ici encore par soustraction permettant de mettre en évidence l’émergence symbolique d’un espace d’expression. L’encre du stylo et le geste de la main nous invitent à la lecture d’un signe qui reste en suspend. On cherche en vain un code qui ne veut pas se livrer, et qui donne à cette main un caractère vaguement inquiétant.